Fiches comédiens, metteurs en scène, dramaturges, directeurs de théâtre...


 

Fiche pays : Bolivie 

La Bolivie...énorme pays (2 fois la France en taille) qui bénéficie de climats très variés : les Andes et ses sommets vertigineux qui dépassent parfois les 6000m, la forêt amazonienne, le désert de sel ... nous sommes en plein hiver et en une semaine on a déjà passé des doudounes aux maillots de bain, c'est pour vous dire ! La situation politique est plutôt tendue en ce moment : 3 des régions les plus riches du pays réclament leur autonomie. Le face à face entre le président Evo Morales (socialiste très très à gauche) et les riches propriétaires terriens fait des étincelles (enfin, en ce moment le dialogue en est carrément au point mort). Il y a de nombreuses manifestations et blocages de routes ce qui va peut-être ralentir ou modifier notre aventure... et oui, les grèves ne sont pas le privilèges des français ;) La société est réellement divisée entre indiens et blancs, on a pu le constater à notre niveau : plusieurs taxis ont refusés de nous prendre. En discutant avec des boliviens, on a appris que la situation a toujours été plus ou moins comme Ça, mais il semblerait que la tension monte et que le racisme s'exacerbe depuis quelques mois, le mot "apartheid" a même été lancé... Le théâtre bolivien quant à lui semble refléter cette fracture : il y a 3 grands "groupes" qui ont chacun leur vision de leur art et qui sont en conflit avec leur collègues : - le Teatro de los Andes, dont la démarche s'apparente à celle d'Ariane Mnouchkine en France (influences occidentales) ; - le théâtre contemporain, jeunes troupes issues de la nouvelle école de Santa Cruz ; - le théâtre populaire, dont les thématiques sont celles des peuples métis (ils se considérent comme le "seul théâtre bolivien"...). C'est un tout petit monde, vraiment ! Il y a des prises de becs, des histoires d'amour et de ruptures (si si, en discutant avec une comédienne et un technicien on sait déjà qui est sorti avec qui, qui s'est fâché avec untel,... un petit aquarium !) Au niveau infrastructures : il y a un seul théâtre à La Paz, le Théâtre Municipal, et seulement une ou deux salles alternatives. Il va sans dire que la professionnalisation est impossible : il n'y a pas assez d'espaces, les places ne sont pas assez chères (20 BS soit environ 2€), et le public manque. Tous les comédiens ont un autre job à côté. Quant au public : classes moyennes et intelectuelles (questions d'éducation : le théâtre a ses codes, qui ne sont pas les mêmes dans toutes les couches de la société). Quoiqu'il semblerait que le public s'élargisse petit à petit. Au niveau de la dramaturgie : on ne parle surtout pas du contexte socio-politique. Surtout pas. L'engagement se fait à d'autres niveaux : éducation des jeunes par le théâtre, changer l'image de la femme (dans une société mafois machiste), etc... Une véritable énergie, palpable, assez dingue chez les comédiens qu'on a rencontrés jusqu'à présent. Car le métier de comédien ici ce n'est pas seulement jouer son rôle sur scène, c'est tout faire, de A à Z : trouver des financements, faire ses costumes, son décor, tout ça pour jouer 2 ou 3 fois MAXIMUM (plus des tournées, mais bon). Ça fait réfléchir, vraiment. Il est intéressant de constater que les dynamiques qui motivent le théâtre boliven se font souvent sous impulsions étrangères (notamment des Argentins, et aussi de la France qui a lancé un atelier de dramaturgie baptisé "tintas frescas" - "encres fraîches" - qui a eu l'effet d'un détonateur pour les dramaturges boliviens). Voilà pour une première idée de la Bolivie et de son théâtre... il y a de l'énergie, de la volonté, de la passion, mais il manque des infrastructures, des financements... ceci dit, ce ne sont pas des freins ! Très bientôt des petites fiches-comédiens sur les artistes qu'on rencontre !

Fiches Comédiens

La Paz : 

- Marta Monzon - 19 juin 2008

Marta Monzon, petit bout de femme énergique et déterminée, nous reçoit dans sa maison lumineuse dans le quartier de Sopocachi, mardi matin à 8h pétantes. Elle a les cheveux ébourrifés, des lunettes modernes et une petite robe de cuir noir. Un personnage. déjà débordante d´énergie dans la clareté matinale de son salon, alors que la Nast´et la Carotte se noieraient volontiers dans un grand bol de café. Elle vaque à ses occupations (Pierre Ferrier et elle ont une petite fille de 4 ans prénommée Nayeli) pendant qu´on effectue les réglages caméra. On a trouvé le bon angle, la bonne luminosité (enfin, c´est ce qu´on croit, on verra au montage :)),l´interview peut commencer. Difficile pour elle de ne pas sortir du cadre car elle gesticule dans tous les sens et vit pleinement chacune de ses réponses. Etant en couple avec un Français, elle choisit de nous parler dans notre langue, ouf, ça nous facilite la tâche pour nos débuts. Metteur en scène, comédienne, prof., productrice théâtrale et gestionnaire culturelle, Marta Monzon a la tête sur les épaules, les idées claires et toujours 3 ou 4 projets en cours. Sa vision du théâtre est façonnée par son expérience considérable, à la fois riche et multiple. Bien consciente des clivages théâtraux (Théâtre Populaire vs Théâtre contemporain vs Teatro de los Andes), Marta Monzon n´en reste pas moins une passionnée de dramaturgie. Elle a travaillé en collaboration avec l´Alliance Française dans le cadre du dispositif "tintas frescas" (c.f. fiche pays : Bolivie) où elle a dirigé des ateliers de dramaturgie, qui ont lancé de jeunes auteurs tels que Eduardo Calla. Suite à cette expérience, elle a édité un recueil de pièces. Selon elle, l´art théâtral passe tout d´abord par le respect du texte: il s´agit de s´en imprégner après des relectures successives et de partir de là pour obtenir la matière nécessaire à la création artistique. Elle passe des heures à décortiquer des oeuvres avec une rigueur quasi scientifique. A la question de l´engagement de l´artiste elle nous répond qu´il se trouve à un niveau plus personnel : il ne s´agit pas d´impliquer les oeuvres dans une situation socio-politique mais d´avoir sa bataille personnelle. La sienne : lutter contre le machisme ambiant et changer l´image de la femme dans la société bolivienne. Elle considère le théâtre comme un art minoritaire (et non élitiste, nuance intéressante) puisqu´une infime partie de la société bolivienne fréquente les théàtres, malgré le coût dérisoire des places (2€ environ). Aujourd´hui elle anime une émission quotidienne sur Radio Deseo (Radio Désir, radio féministe) tous les jours à 11h30. Elle nous invite à la suivre dans le studio. Nous la filmons pendant son passage sur les ondes. Elle est face au micro comme elle est dans la vie : engagée, révoltée, virulente, expansive et démesurée. On est happées par ce qu´elle dégage.  

Ces 4 heures passées dans l´univers de Marta Monzon furent décoiffantes. 

- Marie Teresa del Perro - 19 juin 2008 

Bistrot de l´Alliance Française. A 4 blocs de chez Matias (notre hôte bolivien). Il est 16h15. Une jeune femme d´environ 35-40 ans fait irruption dans le café.
Son visage amical dégage à la fois douceur et générosité, un peu de timidité aussi. On ne sait pas trop comment commencer l´interview avec notre espagnol balbutiant. Mais il faut se lancer et son regard est encourageant.

Quel a été votre parcours ?
M.T.d.P: Je suis italienne d´origine et c´est dans mon pays que j´ai débuté le théâtre. Puis j´ai rencontré Cesar Brie et je suis venue en Bolivie pour intégrer le Teatro de los Andes. C´était leurs débuts. J´y ai vécu en communauté pendant 14 ans. J´ai eu besoin de m´en détacher et c´est à ce moment-là qu´un metteur en scène mexicain m´a remarqué et que j´ai fait mes valises. Je suis restée un an et demi au Mexique, puis je suis revenue à mes origines, au Teatro de los Andes pour un an et demi. Suite à quoi je suis partie pour m´installer à La Paz. Depuis je me consacre d´avantage à la musique, j´y trouve une réelle satisfaction et je n´éprouve pas le besoin de revenir au théâtre pour l´instant. Je fais partie d´un groupe de rock extra et d´une chorale a cappella.
 
Vous considérez-vous comme une artiste engagée ?
C´est difficile de faire de l´art dans ce pays sans avoir de position politique. Cela dit je ne pense pas qu´il faille l´afficher de manière trop catégorique. Le Teatro de los Andes, par exemple, a été beaucoup critiqué pour ça : ils brandissent leurs idéaux comme une banderole. Je trouve ça un peu facile. A contrario, Eduardo Calla est très engagé mais de manière plus fine, moins tape à l´oeil. Ses pièces t´interpellent par d´autres moyens, tout aussi efficaces. 
 
Quels sont les auteurs avec lesquels vous aimez travailler ?
Je n´ai pas vraiment d´auteur de prédilection, on a pas l´habitude de mettre en scène une oeuvre intégrale. Généralement, au Teatro de los Andes par exemple, on partait d´un texte, on le réécrivait, on le malmenait pour essayer de le transcender. Il ne s´agissait d´être fidèle au texte. Par exemple, on est partis des Trois soeurs de Tchekov et on en a fait autre chose.
 
Est-ce que vous ressentez les clivages théâtraux en Bolivie ?
Un temps. Oui, forcément, c´est un tout petit monde, il y a évidemment des désaccords. Je les trouves plutôt sains puisqu´ils favorisent la créativité. 
 
Que pensez-vous du Théâtre Populaire ?
Et bien je ne peux pas dire que j´aime vraiment ce qu´ils font, il n´y a pas réellement de point de vue artistique, mais lorsque l´acteur est bon, on peut vraiment passer un bon moment, ça peut être très divertissant. D´un autre côté, si le comédien est mauvais on s´ennuie. Maintenant ça serait intéressant de retourner les voir, comme leur public a évolué et changé, il faudrait voir si leur théâtre s´en resent. Mais j`avoue avoir vu très peu de leurs pièces.
 
Peut-on vivre du métier de comédien ?
Non. Les gens qui font du théàtre continuent à le faire par amour, pas pour l´argent ni pour le succès, c´est évidemment trop difficile.  Pour survivre, le Teatro de los Andes (basé à Sucre) était obligé de faire des tournées, je me souviens qu´au début on avait rien à manger, heureusement les gens dans la rue étaient généreux et même, à la sortie des marchés on arrivait à récupérer de quoi manger. Une fois lorsqu´on faisait du théâtre de rue, une cholita (bolivienne indigène en habits traditionnels) m´a reconnue le lendemain d´un spectacle: "Je vous reconnais, c´est vous qui faisiez des choses bizarres hier soir. Pourquoi vous n`avez pas fait tourner le sombrero ?" Moi : "..." et elle de rétorquer : "Mais vous auriez dû. Vous vous êtes fatigués, vous avez transpirés, vous méritez d´être payés pour ça." Je n´ai pas su quoi répondre, une dame du peuple qui me disait ça, ça avait de quoi faire réfléchir, elle avait raison. Il s´agit d´un troc, d´un échange entre les artistes et le public.
Ce qui est étrange c´est qu´au Mexique, à la différence de la Bolivie et de l´Argentine, il y a beaucoup de subventions pour le théâtre, mais la qualité des spectacles est très médiocre. Pour moi, les subventions sont à double tranchant : elles favorisent le développement artistique, mais étouffent la créativité. En Argentine, le niveau est  exceptionnel, je n´ai jamais vu d´aussi bons acteurs, mais ils ont tous un petit boulot à côté pour vivre.
 
Que pensez-vous de l´école de théâtre qui s´est ouverte à Santa Cruz ?
Vous voulez la vérité ? Je ne pense pas que cela soit une bonne chose. Je suis allée donner des cours et j´ai trouvé les élèves un peu blasés, pas volontaires, avachis sur leur chaise... Il me semble que quand on décide de faire une école de théâtre, c´est qu´on en a vraiment envie, qu´on a ça en soi. Il est évident qu´il faudrait mettre en place un système séléctif, tout le monde ne peut pas être comédien. Tout le monde peut écrire, mais tout le monde n´est pas écrivain.
D´un autre côté, ce genre d´école permet de considérer le métier de comédien comme une véritable profession.
Ce qui est incroyable, c´est que j´ai vu des jeunes sans aucune formation théâtrale monter sur les planches avec une conscience scénique aiguisée et un réel propos à défendre. C´est quelque chose qu´on a en soi.
 

Marie Teresa s´est souciée de répondre à nos questions le plus clairement et honnêtement possible, avec toujours ce regard bienveillant sur le monde théâtrale bolivien, Nous n´avons senti aucun regret et aucune rancoeur. Ça a été son parcours à elle.  

- Miguel Angel Estellano - 20 juin 2008 

Cela fait un moment que Juan Ga, ami de Matias chez qui on loge, nous parle de son frère comédien. C'est au sein de l'Espacio Cultural qu'il nous accompagne donc pour nous faire rencontrer son frère, Miguel Angel. C'est une petite maison fleurie dans le quartier de Sopocachi qui abrite une ludothèque et un lieu de formation pour les jeunes éducateurs. Le principe de cette association étant d'éveiller la créativité chez l'enfant par l'art et le jeu. On y trouve donc toutes sortes de peintures, sables colorés, pâtes de toutes tailles et de toutes sortes, bodypainting, etc... De quoi confectionner tout un tas de d'objets, colliers, petits tableaux, poteries,...

Miguel Angel y travaille comme éducateur, mais il est avant tout comédien, cela ne se voit au premier abord. Cheveux longs, casquettes à l'envers, barbe de plusieurs jours, habillé à la "one again" (!). Pourtant, lorsqu'il nous montre une vidéo de la pièce qu'il a jouée dans une prison pour femmes, seul au milieu de prisonnières, on est littéralement bluffées par sa présence scénique et son aisance corporelle.

Miguel Angel est un comédien de la nouvelle génération qui s'est formé à Copacabana au sein du Teatro Duende, troupe de jeunes comédiens créée à l'image du Teatro de los Andes. Il a ensuite élargi son savoir en intégrant l'école de théàtre de Santa Cruz en tant qu'élève, puis en tant que professeur.

Comment en êtes-vous venu à faire du théâtre ?

J'ai commencé à en faire 1997, alors que j'étais encore au collège et une fois sorti de l'école, j'ai décidé de faire du théâtre. Mais à l'époque il n'y avait pas d'école de formation d'acteur, excepté quelques ateliers au sein du Teatro de los Andes, c'est d'ailleurs une référence pour pas mal d'entre nous, comédiens de la nouvelle vague. J'ai rencontré le fondateur du Teatro Duende et je suis parti à Copacabana intégrer la troupe pendant 7 ans. On a beaucoup travaillé avec les collèges, effectué des tournées dans toutes les villes, on bougeait tout le temps, notamment dans les festivals (Bayonne - France , Cordóba - Argentine).

Que pensez-vous de votre formatiion à l'école de théâtre de Santa Cruz ?

Je l'ai trouvée très enrichissante, car après plusieurs années passées au sein du Teatro Duende, cela m'a permis d'élargir mon horizon, de connaître de nouvelles pratiques théâtrales, de voir qu'il existait un autre théâtre. Qui plus est, les cours étaient très variés : technique corporelle, clown, mime, tragédie, acrobatie, chant, yoga, etc... et ce du lundi au samedi de 8h à 13h30.

Comment avez.vous trouvé les élèves ? Motivés ou plutôt passifs ?

Les élèves étaient très volontaires puisque la plupart d'entre eux, à cette époque-là, avaient déjè fait du théâtre auparavant. Je fais partie de la nouvelle génération et nous avons tous cette même implication. Ce qui n'est peut-être plus le cas des élèves d'aujourd'hui.

Avez-vous déjà donné des cours ?

Oui, et j'aime énormément ça, La logique de l'école était la suivante : former une première génération d'élèves afin qu'elle puisse à son tour former la suivante. J'ai donc eu l'occasion d'y donner des cours aux apprentis comédiens de première année et je continue aujourd'hui encore à intervenir dans les lycées.

Selon vous, le thëâtre peut-il être un outil d'éducation ?

Oui, car c'est un jeu. Lorsqu'on joue, on rompt les structures et on devient créatif. D'autre part, lorsqu'on fait du théâtre dans un but éducatif, la relation avec les gens est différente que lorsque c'est uniquement à but artistique. 

- Sergio Caballero - 24 juin 2008

Après un petit café avalé en hâte au coin de la rue, nous rejoignons Sergio Caballero, au Teatro Municipal, caméra au poing. C'est un homme d'une quarantaine d'année, à l'allure plutôt jeune : on se souviendra longtemps de son superbe bonnet orange pétard, comment deviner qu'il s'agissait du directeur ?!

On choisit une des salles de représentation pour l'interviewer. Un gros lustre baroque est suspendu tout en haut au-dessus de nos têtes, et de grandes fenêtres drapées plongent la salle dans la pénombre. Quelques réglages lumières. Micro. Sergio Caballero s'installe sur une des chaises du public. Il a l'air pressé, on va essayer de faire vite.

Racontez-nous votre parcours. Quand et comment vous est venue l'envie de faire du théâtre ?

J'ai commencé le théâtre en 1992 comme acteur puis comme metteur en scène au Pequeño Teatro. Je suis directeur du théâtre municipal depuis 2005. Avant le Pequeño Teatro, j'avais fondé mon propre groupe et nous avions monté une pièce de Sarah Kane qui a eu un franc succès auprès du public. Cette expérience m'a marquée.

Quelle est l'histoire du Teatro Municipal ? 

Il a été inauguré en 1845 peu après la bataille d'Ingavi. C'est le premier théàtre de Bolivie, bien qu'il y avait déjà une tradition théâtrale très forte dans la rue.

En tant que directeur de théâtre, que pensez-vous du théâtre pacenien ? Est-ce un art populaire ?

Je ne veux pas classifier le théâtre. Chaque troupe a sa propre forme théâtrale. Il y a une forte tradition théâtrale à La Paz, les gens vont au théâtre. Le théâtre contemporain a son propre public, il est plus minoritaire que le théâtre populaire qui touche un public plus large. Le problème vient du fait qu'il n'y a pas de culture théâtrale, le public n'a aucun sens critique, il accepte la pièce telle qu'on la lui propose, sans chercher à aller plus loin.

De même, du côté de l'acteur, il n'y a pas de formation actorale à proprement parler à La Paz et de ce fait, l'acteur ne sait pas comment atteindre le public. Ce "nouveau théàtre élitiste" n'est pas en accord avec le spectateur, ce dernier ne peut pas en comprendre les codes. Il y a une distanciation certaine qui n'est pas bénéfique. A contrario, le Teatro Popular fonctionne depuis des années. 

Cela dit le théâtre bolivien est dans une phase de transition. Des talents émergent, c'est la nouvelle vague d'artistes et c'est vraiment une bonne nouvelle. Cela insuffle del'espoir dans le monde du théâtre bolivien. D'ailleurs le Teatro popular a très envie de travailler avec cette nouvelle génération. Mais il faut pour cela reconquérir le public. 

Comment choisissez-vous les pièces qui seront à l'affiche ? Quels sont les critères d'élection.

Il y a une commission composée de représentants civils des artistes de chaque discipline (théâtre, danse et musique) qui évaluent tous les dossiers et les programment dans les différents lieux de La Paz. Ils évaluent leur magnitude pour choisir la salle la plus adaptée. Par exemple, certaines pièces ne nécessitent pas tout l'équipement et l'infrastructure du théâtre municipal.

Le Teatro de Camara (juste à côté du Teatro Municipal) est un endroit plus flexible qui permet de nouvelles propositions plus expérimentales.

Quel type de pièces attirent le plus de gens ?

 Celles qui appartiennent à un registre social sont plus attrayantes car elles parlent le même langage que les gens. Je trouve qu'on a une responsabilité en tant qu'artiste : il nous faut convaincre le public d'assister aux pièces. C'est à nous de tout faire : promouvoir, jouer, mettre en scène... Le public est nécessaire pour faire tourner tout cela, puor que le théâtre survive.

Et à vous, qu'est-ce qui vous plaît le plus ?

J'aime beaucoup le théâtre populaire, j'y vois un potentiel énorme, une véritable école : les pièces fonctionnent depuis toujours. Certes il faudrait un travail sur l'acteur et l'esthétique mais cela fonctionne quand même. Je crois à ce théàtre qui atteint le public. On peut passer un bon moment, le théâtre est fait pour ça selon moi, il permet de sortir de son quotidien.

Pourquoi les pièces ne peuvent-elles pas rester plus de 3 ou 4 jours à l'affiche ?  

Il faut équilibrer entre toutes les disciplines qu'accueille le théâtre, c'est pour cela qu'on ne peut pas se permettre d'avoir de saisons. Cela défavoriserait les autres arts.

Pensez-vous que le thëâtre bolivient soit engagé au niveau politico-social ?

Je crois que oui, pas forcément dans un contexte politico-social mais plutôt culturel, à travers la parole et l'esthétique. Il faut un discours actuel qui puisse toucher le public. On peut aussi bien prendre des oeuvres classiques telles que Shakespeare par exemple, et qu'il y ait une répercution dans le contexte actuel. Pas besoin d'avoir une cholita et un lama pour que cela soit du théâtre bolivien !

Quel type de relation avez.vous avec les artistes ?

Le premier contact est au niveau de la gestion matérielle, il s'agit d'équiper le théâtre pour la pièce, d'offrir au public le meilleur confort. Cela dit la relation avec les artistes est bonne, même si c'est difficile puisqu'elle est faussée par le fait que chacun cherche à promouvoir son oeuvre. Mais le théâtre municipal cherche actuellement à réduire la somme que doivent verser les artistes pour jouer.

Est-ce que vous travaillez en collaboration avec d'autres villes boliviennes et d'autres pays ?

Tout à fait, je veux élargir notre cercle à un niveau international, notamment en créant une alliance entre les théàtre boliviens. 

Pour finir, pourriez-vous nous raconter une anecdote ?

Je trouve que chaque lieu de création a une atmosphère particulière, un esprit. Les artistes sont des gens très superstitieux. Au Teatro Municipal, il y a l'esprit d'un ancien directeur qui hante le lieu : tío Ubico. J'ai déjà senti sa présence, par exemple les touches du piano qui fonctionnent alors qu'il n'y a personne dans le théâtre... Il y a une pièce qui reste toujours fermée. Une fois, à l'occasion d'un spectacle de danse nous avons dû ouvrir ce lieu à deux ballerines argentines : elles sont restées enfermées alors que nous n'avions jamais eu aucun problème avec cette porte. Sûrement que le tío voulait passer un peu de temps avec elles !